Le tapping ? Le Stick ?


« Les Folies Tapping » donnent un coup de projecteur sur le tapping, technique de jeu qui se pratique sur le Stick™, mais aussi sur d’autres instruments (guitare, basse, instruments dédiés…). Le festival a la volonté de s’ouvrir à toutes les techniques de tapping (monophonique ou polyphonique).

Le tapping ?

Cette technique apparue avec la guitare électrique, consiste à "pianoter" sur
les cordes avec les doigts des deux mains, directement sur le manche. On peut jouer en tapping sur tous les instruments de la famille des guitares électriques… Le solo de guitare d’Eddie Van Halen sur Beat it de Michael
Jackson
 ? C’est du tapping ! La partie de basse de Tony Levin sur Shock the
Monkey
de Peter Gabriel ? Du Stick joué en tapping.

Cette technique instrumentale s’est développée sur des instruments
conventionnels (guitare, basse) ou sur des instruments dédiés comme le
Stick Chapman.

le Stick ?

Pour le commun des mortels, le Stick reste un mystère ou une conduite à risque, c’est selon… Pour les connaisseurs fascinés, une sensationnelle invention musicale encore trop rare… Et pour cause : l’instrument n’a jamais
franchi le seuil des écoles de musique pour y être enseigné. C’est la plupart du temps leur curiosité qui a conduit de nombreux musiciens à pratiquer cet instrument, fruit du travail d’Emmett Chapman.

Depuis sa création il y a presque quatre décennies, 6000 exemplaires ont été fabriqués. En France, ils sont une soixantaine de joueurs, organisés en réseau autour de l’Association Française du Stick et de la Tape Guitare (AFSTG).

Le tapping naît avec l’invention de la guitare électrique

Dans les années 1930 apparaît la guitare électrique inventée par Rickenbacker : les cordes métalliques vibrent au dessus d’un micro magnétique relié à un amplificateur, lui-même relié à un haut-parleur. Les évolutions des orchestres de l’époque, les Big Bands, vont favoriser son développement et sa commercialisation
 : Gibson, puis Fender seront parmi les marques les plus célèbres.

Le succès de la guitare électrique va faire évoluer la technique même de jeu, l’amplification autorisant de nouvelles sonorités. La spécificité de la guitare électrique s’installe, avec les timbres qu’on lui connaît, allant des sons clairs aux sons saturés.

Dès les années 40, des guitaristes utilisent cet apport de puissance pour jouer en « tapping », en frappant les cordes directement sur le manche sans les gratter. En montant le volume de l’amplificateur, on pouvait entendre le son produit par ce « pianotage » sur le manche, qu’il était impossible de percevoir avec une guitare non amplifiée.
Le tapping ou en français « tape guitare » était né.

Les guitaristes Harry De Armond ou Jimmie Webster vont explorer ces nouvelles possibilités. Mais les premières créations d’instruments spécifiques au tapping datent des années 50/60. Dave Bunker, un luthier américain, crée des instruments consacrés à cette technique comportant un manche de basse pour la main gauche et un autre à 6 cordes pour la main droite. Mais l’invention la plus remarquable et la plus remarquée reste celle d’Emmett Chapman en 1969 : le Stick.

L’invention du Stick


Le Stick ou Stick Chapman est un instrument de musique de la famille des guitares électriques. L’instrument a été baptisé Stick, en raison de sa forme de bâton : il se résume au manche seul, équipé d’un boîtier micro permettant son amplification.

Le Californien Emmett Chapman (né le 28 septembre 1936) en est l’inventeur, et l’auteur d’une méthode de tapping à deux mains.

À l’origine guitariste, Chapman participe à ses premiers enregistrements à la fin des années 60. Il joue avec Barney Kessel, Tim Buckley, puis forme son propre groupe. Pendant la décennie, il modifie ses guitares pour faciliter son jeu, allongeant le manche, adaptant des ressorts sous le chevalet pour des effets de vibrato, ajoutant des cordes. Il découvre à son tour les possibilités du tapping, mais il n’est pas à l’aise avec la position courante où le manche est horizontal. Il redresse son instrument et met ses mains en opposition, afin d’avoir les doigts parallèles aux frettes.

Ses recherches débouchent sur la création de prototypes en 1969.
Devenu Chapman Stick en 1970, l’instrument est modifié et perfectionné jusqu’à sa commercialisation en 1974. Emmett Chapman définit lui-même l’invention du Stick comme étant issue de son approche instrumentale du tapping à deux mains ; c’est la recherche sur le jeu musical qui a abouti à l’élaboration de l’instrument. Il n’a, depuis, cessé d’enseigner et d’être le premier promoteur et démonstrateur de cette technique qu’il a baptisée Free Hands (les mains libres).

Description technique


Le Stick possède deux séries de cordes : les cordes basses destinées à la main gauche, et les cordes aiguës destinées à la main droite (bien que les deux mains puissent agir sur les deux blocs).

Le bloc basse est accordé en quintes, le bloc aigu en quartes, les cordes les plus basses se situant au centre du manche, ce qui donne une logique en miroir.

On trouve plusieurs modèles de Stick à 8, 10 ou 12 cordes. Ce dernier appelé Grand Stick est particulièrement apprécié des Stickistes professionnels. Différentes essences de bois ou matériaux composites sont également proposés par Stick Enterprises Inc., une petite entreprise familiale basée à Los Angeles en Californie, dirigée par Emmett Chapman et sa femme Yuta, et comptant quelques employés travaillant aux différentes étapes de la fabrication. On estime à plus de 6 000 le nombre d’instruments fabriqués depuis le début des années 70.

Le Stick se joue en frappant les cordes, en pianotant avec les doigts des deux mains directement sur le manche qui est en position diagonale, presque verticale. La technique instrumentale s’apparente au piano dans son approche polyphonique et l’indépendance des deux mains, et aussi parce que la main gauche joue généralement les basses — avec éventuellement les accords — pendant que la main droite joue les mélodies ou les accords. Cela permet de développer des techniques de jeu en solo en s’auto-accompagnant pendant
les parties mélodiques ou d’improvisation, mais également des techniques de basse assez uniques, ou encore d’accompagner en jouant la basse et les accords.

Le développement des techniques de tapping et des instruments dédiés


Depuis, plusieurs techniques de tapping (polyphonique, monophonique) se développent parallèlement. Les instruments sur lesquels sont pratiquées ces techniques vont de la guitare à la basse électrique, en passant par des instruments spécifiques tels que le Stick ou des instruments s’en inspirant (Warr guitar, Megatar, Koyabu board…), jusqu’aux inventions les plus récentes et originales telles que le Kelstone ou encore l’Arpejji.

Le tapping est l’une des seules techniques musicales qui ait occasionné la création d’instruments dédiés. De très nombreux musiciens le pratiquent, apportant chacun leur originalité à ces techniques autant par le choix de l’instrument que par les styles musicaux.

Quelques grands noms du tapping


Les différentes techniques de tapping ont leurs « stars ».

Sur guitare électro-acoustique (guitare acoustique amplifiée), on trouve Preston Reed avec un jeu très fluide mêlant le picking et le tapping, ou Éric Mongrain, un Québécois qui joue avec la guitare à plat sur les genoux.

La guitare électrique en tapping a elle-même différentes catégories : Stanley Jordan joue un tapping polyphonique où les deux mains ont un rôle indépendant comme sur un Stick.

La technique la plus répandue est le tapping monophonique décrit comme « tapping à la Eddie Van Halen » : « Avec Eruption, Van Halen fait du tapping une des techniques principales de son discours musical, ouvrant la voie à toute une série de morceaux heavy metal des années 1980 » (Wikipedia, tapping).

Des stars de la guitare comme Steve Vai ou Joe Satriani se sont illustrés au tapping. En France, cette technique est enseignée à la prestigieuse
école M.A.I. de Nancy par Daniel Péroine.

À la basse, Michael Manring est la référence en tapping sur cet instrument qu’il maitrise en virtuose dans des concerts solo. Victor Wooten, autre star de la basse, pratique également le tapping.

Comment le Stick s’est fait connaître


Le Stick doit d’abord sa notoriété à l’admirable travail d’Emmett Chapman. Pour l’anecdote, Joe Zawinul, clavier et leader du groupe Weather Report, en acheta un de la toute première série produite commercialement.
Mais c’est surtout grâce à Tony Levin [1] et sa maîtrise instrumentale qu’on découvre ce surprenant instrument, notamment sur les disques de Peter Gabriel, King Crimson, Liquid Tension Experiment, ou sous son propre nom. Un des enregistrements où le son du Stick est particulièrement mis en avant est l’album Discipline de King Crimson où Tony Levin joue au Stick l’intro de Elephant Talk.

Parmi les groupes ou les artistes ayant utilisé le Stick, on peut citer également Alphonso Johnson sur ses disques solo (Moonlight Shadows 1976) ou bien, en France, le groupe Tarace Boulba, Bernard Paganotti sur ses disques solo. Et aussi : Kittyhawk, Anderson Bruford Wakeman Howe, le Dave Matthews Band, Dream Theater, Weather Report...

Aux États-Unis puis en Europe se sont développés des séminaires d’étude de la technique du Stick où de très grands techniciens ont émergé : Bob Culbertson, Steve Adelson, Greg Howard, Tom Griesgraber, Don Schiff pour les États-Unis. Moins nombreux en Europe, les Stickistes les plus connus sont Ron Baggerman (Pays-Bas), Jim Lampi ou Pascal Glanville (Angleterre), Guillermo Cides (fondateur du Stick Center en Espagne) ou encore Virna Splendore (Italie).


En France Pascal Gutman, Olivier Chabasse, Jo Ruffier ou Youenn Landreau, sont parmi les tous premiers Français à s’être consacrés au Stick et à en jouer professionnellement. La communauté des joueurs de Stick se serre les coudes et communique beaucoup : l’information circule à propos des sorties d’album, du travail instrumental, des nouveautés techniques, des instruments d’occasion…

En 1995, 1996 et 1998, Jo Ruffier organisait le festival de Stick de Montreuil (93), relayé de 2001 à 2006 par Youenn Landreau qui sous l’égide du CLAC (Centre de Loisirs et d’Animation culturelle) co-organisait les Rencontres Internationales de Tape Guitare d’Allaire (56). En 2005, Emmett Chapman a été l’invité de ce festival et cette édition a été l’occasion du plus grand rassemblement européen de joueurs de Stick.

Les Folies Tapping s’inscrivent dans la continuité de ce rendez-vous dans le Morbihan.

Notes

[1bassiste du groupe King Crimson dans les années 80 et musicien accompagnant le chanteur Peter Gabriel. On peut entendre du Stick sur de nombreux enregistrements, en particulier dans les parties de basse.